BSC NEWS MAGAZINE - Chronique Eric Yung : Le Maelström de Stéphane Marchand est un polar brillant

Par Eric Yung - BSCNEWS.FR / Ce mois-ci, le meilleur conseil de lecture que BSCNEWS MAGAZINE peut vous donner en matière de polar est : cœurs sensibles abstenez-vous de lire « Maelström » de Stéphane Marchand ! Ce thriller qui vient de paraître aux éditions Flammarion est-il mauvais ?


BSC NEWS MAGAZINE - Chronique Eric Yung : Le Maelström de Stéphane Marchand est un polar brillant
Non pas du tout. Mais si vous ouvrez le livre (et même si vous le faite juste pour  avoir une petite idée de son contenu) tant pis pour vous ! Le personnage principal, héros du roman, n’a pas –vous êtes prévenus chers amis lecteurs et lectrices-  de limites dans l’art de trucider son prochain et ses pulsions sanguinaires sont bien supérieures à celles de Jack l’Eventreur qui, ici, dans ce roman, fait piètre figure au royaume des tueurs en série. Jugez-en ! Les sauts à l’élastique, on connaît. On a tous vus, au moins une fois à la télévision, un homme ou une femme, se jeter dans le vide, du haut d’un pont, d’une grue ou on ne sait de quel autre point haut et ce pour l’unique plaisir de sentir, paraît-il, l’adrénaline monter jusqu’au cerveau. Le « Maestro » comme se fait appeler le « sérial killer » de l’histoire racontée par Stéphane Marchand a eu la même idée pour commettre l’un de ses crimes. Il a accroché les pieds de l’une de ses vieilles connaissances avec plusieurs gros élastiques avant de le pousser du 52° étage d’un gratte-ciel de San Francisco. Au début, le saut s’est bien déroulé.  

Même que la victime qui « s’attendait que sa cervelle explose et s’éparpille sur le bitume » a eu « une envie de hurler son soulagement » quand  son corps a commencé à remonter sous l’effet de la contraction du filin de caoutchouc  Mais « le maestro » est un vicelard et un sadique. Il se plaît, pour chacun de ses meurtres, à faire croire à ses proies durant un temps qu’il a plus ou moins défini par avance, qu’ils échapperont à la mort. Foutaise ! Ainsi, le type suspendu à son élastique a bien « percuté le macadam de California Street ». Le stratagème du « maestro » est toujours bien au point et n’a qu’un but : effrayer ses victimes et jouir de leur martyr un peu plus longtemps.

L’originalité de ce « thriller » façon « Ce cher Dexter » roman fameux de Jeff Lindsay dont a été tiré une série télévisée, est que le tueur de Stéphane Marchand est plutôt un brave type que l’on finit presque –et cela est un autre mystère du livre- par trouver sympathique. Dérangeant ? «Maelström» l’est, sans aucun doute. Alors faisons fi d’une certaine gêne qui s’installe dans la tête du lecteur pour constater que cela pimente le récit. Par ailleurs, Stéphane Marchand qui a plus d’une astuce dans son sac pour mener à bien sa narration et, par voie de conséquence amplifier le suspens, s’est évertué à inverser les repères habituels du polar. Ainsi, dans une grande majorité de romans policiers, les enquêteurs progressent vers la vérité au fil de l’intrigue pour souvent, in fine, identifier le criminel, l’arrêter et l’envoyer devant la justice. Dans « Maelström » ces règles sont inversées. En effet, plus les condés ont des indices et sont donc sensés se rapprocher du tueur, plus ils s’éloignent de lui. Il faut préciser que « le maestro » est un sacré tordu et que ses crimes sont tous planifiés avec méthode et accomplis avec une précision d’horloger suisse.

Enfin, dans ce roman qui nous balade de la Californie à la Pennsylvanie, l’auteur semble avoir voulu lui donner une dimension quelque peu universelle en effleurant des sujets tels que l’amitié, l’enfance, la famille, la trahison et l’expiation. Est-ce là une nécessité pour la qualité du roman ? Ce n’est pas certain. Mais une chose est sûre : la lecture de « Maelström » est, pour ceux qui ont aimé « La partition du voyageur », prix du premier roman en l989 et édité au Mercure de France, une façon de découvrir une des nouvelles facettes de Stéphane Marchand, un auteur plutôt doué (aussi) pour le polar.




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